Un gai mariage lesbien (Version numérique)

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Depuis les années 1970 jusqu’en 2013, entre la France et la Suisse, deux jeunes femmes lesbiennes s’aiment et désirent avoir un enfant sans père. Mais comment faire, 30 ans avant la loi du mariage pour tous en France?

Elles vont être confrontées aux problèmes de nationalité et de droit sur l’insémination des lesbiennes.

C’est grâce à l’aide de personnes prêtes à prendre des risques qu’elles parviendront à réaliser leur désir d’avoir et d’élever des enfants.

Claire Sagnières est déjà l’auteure des romans Le Camion Jaune, D’une morte à l’autre et Concentré lesbien irrésistiblement toxique. L’ensemble de son oeuvre constitue La Comédie Lesbienne.

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Extrait 1

« ‘Man, je te dirais, m’man… m’man, je retournerai pas à l’école parce qu’à l’école on m’apprend des choses que je ne sais pas. Après ce serait dit. Ca serait fait. Voilà »
La pluie d’été. Marguerite Duras.

Chapitre 1

3 Juin 1992
« Attention ! Ca va exploser ! », cria la plus âgée des réceptionnistes à la plus jeune qui revenait tenant mon thermos fermé. Elle le lui arracha des mains, et en ouvrit précipitamment le bouchon. « Il ne faut pas fermer complètement les thermos car, avec l’azote liquide, ils peuvent exploser », précisa-t-elle.
Lorsque j’étais venue remplir mon dossier, la première fois, elle avait insisté : « Et surtout n’oubliez pas votre thermos ! » Et lorsque j’étais arrivée, elle avait crié à la cantonade, devant deux couples qui étaient assis avec moi dans la salle d’attente : « Vous n’avez pas oublié votre thermos ? »
Non. Je ne l’avais pas oublié. J’étais même allée tout exprès en acheter un. Un joli rouge, pas trop grand.
Le mur de la salle d’attente derrière moi, était tapissé de faire-part de naissance, pas anonymes du tout, puisque l’on pouvait y lire le nom et l’adresse des enfants. Lorsque j’étais venue remplir le dossier, la dernière fois, il avait fallu que je donne le signalement de mon « mari ». J’avais alors déclaré qu’il était de taille moyenne, aux cheveux et aux yeux châtains. Plus neutre, c’était impossible.
Cela me faisait penser à une action illégale que j’avais commise dans le passé. J’avais emporté une paire de skis loués, parce que le vendeur ne m’avait pas demandé mes coordonnées. Mais je ne savais pas qu’il avait relevé le numéro d’immatriculation de ma voiture, et quelques mois plus tard j’avais bien été surprise de me retrouver en face d’un commissaire de police, qui me demandait le signalement du jeune homme qui était avec moi lors de ce vol. Comme je ne voulais pas vendre ce copain encore mineur, j’avais dit au policier que je l’avais pris en stop, que je ne le connaissais pas et qu’il était « de taille moyenne, avec des cheveux et des yeux châtains ».Finalement, je m’en étais sortie avec une leçon de morale et l’obligation d’aller piteusement rendre les skis au magasin de skis.
Je pris avec précaution le thermos qui fumait et sortis en le tenant dans les mains. Dans la voiture, je le posai tout délicatement sur le siège passager. Il fumait toujours. Une petite fumée blanche. Il y avait des embouteillages dans cette ville. Je mis la radio. Sur France Musique, on donnait le Quatuor pour la fin des temps de Messiaen, puis la musique for Toys Piano de John Cage. Cela me semblait aller avec l’ambiance.
Je remis le thermos fumant à l’assistante du gynécologue.
J’étais couchée « en position gynécologique », regardant au plafond un mobile immobile avec deux personnages en fil de fer mimant un coït. Le gynécologue sortit les paillettes. C’était de minces tubes d’environ dix centimètres de longueur. Rien à voir avec l’idée de strass qui émanait du mot « paillettes » ! Il les mit, une à une dans sa bouche et souffla doucement, pour faire sortir le sperme qu’il déposa dans une cupule de plastique et qu’il introduisit au fond de mon vagin. »

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Extrait 1

Isabelle téléphona en Suisse, depuis une cabine téléphonique près de la place Bellecour à Lyon. Elles convinrent de la venue d’Isabelle en Suisse et l’autre, qui se prénommait Thérèse, raccrocha avec un : « C’est bonheur », néologisme qu’Isabelle trouva charmant et sûrement suisse. (En fait, elle en avait employé un autre, moins charmant, mais vraiment suisse, lui : « C’est bonnard. »)

Isabelle avait eu, malgré ses 24 ans qui auraient dû être tout propres, une vie déjà mouvementée. D’abord elle s’était faite jeter hors de la maison par ses parents à 19 ans, 5 ans plus tôt, parce qu’elle faisait du militantisme gauchiste après 1968, et que ses parents étaient d’extrême droite : un père militaire de carrière et membre du SAC, une mère prof de lycée non gréviste. Isabelle s’était réfugiée chez son amie (la première et la seule lesbienne qu’elle avait connue en ces temps lointains où l’on ne parlait de rien, où l’avortement était interdit et où la pilule n’existait pas). Elle avait travaillé comme infirmière, tout l’hiver les week-ends, et durant toutes les vacances, car ses parents lui avaient coupé les vivres.
En cette année 1976, elle avait enfin rencontré un groupe de lesbiennes, qui avaient placardé un petit papier collé sur un poteau électrique, lequel appelait à la formation d’un groupe de lesbiennes à Lyon. Et puis, elle avait commencé à prendre la pilule et à coucher, de droite et de gauche, selon son bon plaisir. Avec les lesbiennes, elles avaient fait un groupe de conscience, elles étaient parties toutes entassées dans une vieille 2 CV, jusqu’à un champ rempli de foin et s’étaient racontées, l’une après l’autre, leur vie. Elle avait commencé cette nuit-là une histoire avec une des filles, qui revenait d’une commune de lesbiennes allemande et qui était contre la fidélité dans le couple. Après cette merveilleuse nuit dans les foins, elle était descendue en stop à Marseille, pour y passer le concours d’Internat local. Le soir, elle s’était retrouvée dans une petite chambre d’hôtel, le dos rempli de tiques, qu’elle s’était enlevée en se contorsionnant devant la glace. Souvenirs de sa première nuit d’infidélité. Les hommes cela ne comptait pas vraiment. Ce n’était pas des infidélités. C’était des aventures, avec aucun sentiment. Seulement pour être sûre d’être normale. Elle ne les revoyait jamais. La pilule, elle se l’était prescrite elle-même sur une ordonnance de l’hôpital où elle était externe. Les hommes, elle les draguait partout, en stop ou parmi ses patients à l’hôpital. Elle en usait comme des objets. Comme eux savent user des femmes. Elle n’avait aucun sentiment de mal faire, ni de leur faire du mal. C’était un jeu. C’est tout. Un jeu qu’elle ne détestait pas, qu’elle aimait bien, même. Mais jamais elle n’était tombée amoureuse d’un homme.