Un chignon laïque et républicain (Version numérique)

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C’est l’histoire d’une grand-mère qui a été institutrice de montagne au début du XXe siècle, grande et portant une charlotte sur un immense chignon. Influencée par Jules Ferry et Jean Jaurès, elle a accepté d’avoir un poste en haute montagne, lequel ne peut être atteint qu’à pied…Qu’est-ce que cela peut faire d’avoir une grand-mère lesbienne ? Qui accouche de sept enfants, dont quatre vivants, habitant dans un village de montagne sans aucun confort et ayant épousé un mari revenant de la guerre de Chine, qui devient alcoolique à cause du bistrot à pastis qui s’installe devant le bureau de poste dont il est le récepteur ?
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle est seule dans un HLM d’une petite ville de montagne, son mari étant hospitalisé et ses enfants partis à la guerre. Elle écrit à ceux-ci des lettres convenues parlant de ce qu’elle va leur envoyer : des slips, des cigarettes, des tricots de corps. Pas de mot intime sur sa vie. Mais sa formation d’institutrice la confronte aux enfants juifs de sa classe, et à la résistance, dont elle ne doit parler à personne…

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Extrait 1

C’est grâce à ces jeunes filles enrôlées par l’école de Jules Ferry, qui croyaient fermement à ce qu’elles faisaient, qu’en quelques dizaines d’années, le français, beaucoup plus riche en vocabulaire, avait remplacé le patois, même en dehors de l’école et dans les familles. Cela permettait à tout le monde, femme ou homme, ouvrier ou paysan, de comprendre les textes officiels, de lire le journal et d’être au courant de ce qu’il se passait dans le pays et dans le monde. Un changement radical. Ces institutrices étaient fières de leur rôle à juste titre. Ce n’était que justice de reconnaître que le début de l’école moderne a commencé là. En participant au développement de l’école, elles ont, comme des petits soldats, permis l’avènement de la République Française dans les coins les plus reculés de France. Cela contribua à l’égalité entre les femmes et les hommes pour l’éducation. Donc, on ne pouvait plus donner une fausse raison pécuniaire pour empêcher les filles de fréquenter l’école. De plus, les parents Un chignon laïque et républicain étaient obligés d’envoyer leurs enfants à l’école, au risque de voir venir les gendarmes leur amener une amende ou menacer de les emprisonner s’ils ne respectaient pas la loi. Et puis fut instituée en 1936, par Léon Blum, la loi qui permit aux Français de partir en vacances. Ils sont partis en masse à vélo, à travers la France. Ils rencontraient par tout le pays des gens qui parlaient le français comme eux. Cela contribua à la solidarité des cantons et des régions entre eux. La solidarité avec la République passait dorénavant par l’école et non pas seulement par les périodes de guerre. Cela renforça le pouvoir des femmes, souvent plus travailleuses à l’école que les garçons.

Extrait 2

Ma grand-mère me raconta comment une fois elle était arrivée un soir devant la porte de la maison devant servir de logement pour l’institutrice, et que celle-ci était bouchée par une énorme pierre. Elle avait dû demander de l’aide, dans la nuit, à un homme passant par là, pour dégager l’entrée. En effet, beaucoup de paysans ne voulaient pas qu’une institutrice remplace le curé, qu’ils jugeaient plus utile. Le contrat de l’institutrice comportait, outre les heures de travail, les jours de vacances et un salaire très chiche, une chose spéciale devant être préparée par les parents des enfants de l’école, une « soupe tenant cuiller » chaque soir, c’est à- dire une soupe suffisamment épaisse pour qu’une cuillère mise dedans y reste dressée, c’est-à-dire une soupe assez nourrissante pour pouvoir tenir au corps après une journée de travail. Chaque matin, l’institutrice, la frêle jeune fille, devait aller faire le tour des champs, avant le début de l’école, pour rappeler aux écoliers, déjà installés au ramassage des patates ou à d’autres travaux des champs réservés aux enfants suivant la saison, la loi sur l’instruction obligatoire. Elle retournait à l’école, suivie d’un Un chignon laïque et républicain chapelet de mioches, dont les parents savaient bien que les gendarmes viendraient chercher leur père s’ils n’allaient pas à l’école. Rentrés en classe, on commençait par l’inspection de la propreté des mains et l’apprentissage de la marche en rang par deux.

Extrait 3

Il y avait une sorte de secret autour de sa vie. Grande, élancée, avec son beau chignon, elle ne courait pas les hommes, ses amis français. Elle résistait à un remariage malgré une cour assidue. Jusqu’à sa mort, elle disait qu’elle en avait eu assez des hommes avec le sien. Un soir qu’elle était seule chez elle, elle reçut la visite d’un copain, qui n’y alla pas par quatre chemins. «Marie, tu es laïque et républicaine, ne serais-tu pas d’accord de nous aider ? »

Elle comprit tout de suite qu’il s’agissait de Résistance. Il lui dit qu’elle ne connaîtrait que son nom à lui et ne devrait en parler à personne. Il s’agissait de transporter l’argent du maquis d’Embrun depuis Gap, autre ville du département, située à 40 kilomètres. Comme il n’y avait pas d’essence pour les Français, elle devrait se faire transporter en stop par les camions allemands. Mais comment bien cacher l’argent ? Ils réfléchirent peu de temps :
l’immense chignon de ma grand-mère pouvait très bien cacher quelques liasses de billets, sous la charlotte. Elle devait faire le trajet tous les mois et lui passerait un soir prendre l’argent. A 50 ans, elle était une belle femme, souvent draguée par les soldats allemands, ce qui facilita les choses. Sur les camions, elle plaisantait avec eux et chantait des chansons à la mode du fou chantant, Charles Trenet, chansons entraînantes à double discours, mal compris par eux. Elle riait de leurs blagues pas très fines, sans leur montrer ce qu’elle pensait vraiment d’eux, ni surtout de quelle façon elle les utilisait.

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Extrait 1

C’est grâce à ces jeunes filles enrôlées par l’école de Jules Ferry, qui croyaient fermement à ce qu’elles faisaient, qu’en quelques dizaines d’années, le français, beaucoup plus riche en vocabulaire, avait remplacé le patois, même en dehors de l’école et dans les familles. Cela permettait à tout le monde, femme ou homme, ouvrier ou paysan, de comprendre les textes officiels, de lire le journal et d’être au courant de ce qu’il se passait dans le pays et dans le monde. Un changement radical. Ces institutrices étaient fières de leur rôle à juste titre. Ce n’était que justice de reconnaître que le début de l’école moderne a commencé là. En participant au développement de l’école, elles ont, comme des petits soldats, permis l’avènement de la République Française dans les coins les plus reculés de France. Cela contribua à l’égalité entre les femmes et les hommes pour l’éducation. Donc, on ne pouvait plus donner une fausse raison pécuniaire pour empêcher les filles de fréquenter l’école. De plus, les parents Un chignon laïque et républicain étaient obligés d’envoyer leurs enfants à l’école, au risque de voir venir les gendarmes leur amener une amende ou menacer de les emprisonner s’ils ne respectaient pas la loi. Et puis fut instituée en 1936, par Léon Blum, la loi qui permit aux Français de partir en vacances. Ils sont partis en masse à vélo, à travers la France. Ils rencontraient par tout le pays des gens qui parlaient le français comme eux. Cela contribua à la solidarité des cantons et des régions entre eux. La solidarité avec la République passait dorénavant par l’école et non pas seulement par les périodes de guerre. Cela renforça le pouvoir des femmes, souvent plus travailleuses à l’école que les garçons