Extrait 2

Un chignon Laique et républicain

Ma grand-mère me raconta comment une fois elle était arrivée un soir devant la porte de la maison devant servir de logement pour l’institutrice, et que celle-ci était bouchée par une énorme pierre. Elle avait dû demander de l’aide, dans la nuit, à un homme passant par là, pour dégager l’entrée. En effet, beaucoup de paysans ne voulaient pas qu’une institutrice remplace le curé, qu’ils jugeaient plus utile. Le contrat de l’institutrice comportait, outre les heures de travail, les jours de vacances et un salaire très chiche, une chose spéciale devant être préparée par les parents des enfants de l’école, une « soupe tenant cuiller » chaque soir, c’est à- dire une soupe suffisamment épaisse pour qu’une cuillère mise dedans y reste dressée, c’est-à-dire une soupe assez nourrissante pour pouvoir tenir au corps après une journée de travail. Chaque matin, l’institutrice, la frêle jeune fille, devait aller faire le tour des champs, avant le début de l’école, pour rappeler aux écoliers, déjà installés au ramassage des patates ou à d’autres travaux des champs réservés aux enfants suivant la saison, la loi sur l’instruction obligatoire. Elle retournait à l’école, suivie d’un Un chignon laïque et républicain chapelet de mioches,  dont les parents savaient bien que les gendarmes viendraient chercher leur père s’ils n’allaient pas à l’école. Rentrés en classe, on commençait par l’inspection de la propreté des mains et l’apprentissage de la marche en rang par deux.

Etrait 1

De l’inconscient créateur à la gynogénèse

Le contenu de leur journal : « La Cause du Peuple » était essentiellement des comptes rendus sur des luttes ouvrières, qu’on ne pouvait pas lire dans les journaux habituels. La plupart des maos étaient des enfants de bourgeois rejetés par leur famille, et « établis » en usines (ayant arrêté leurs études pour apprendre auprès des ouvriers, comme cela se faisait en Chine lors de la Révolution Culturelle) ; ils restaient en usines pour se désembourgeoiser au contact des ouvriers et aussi pour les pousser aux luttes ouvrières, grèves, occupations d’usines, sabotages, séquestrations de patrons, etc. Les autres étaient de vrais ouvriers d’extrême-gauche. Le but de cette stratégie était de former un fort mouvement d’ouvriers et d’étudiants liés, pour renverser le gouvernement et réussir enfin la révolution avortée en mai 68.

Elles, n’étant pas « établies » comme ils disaient, étaient considérées comme des sympathisantes, faisant les basses besognes, comme d’aller à 4h du matin à l’entrée des usines distribuer des tracts, où elles se faisaient fréquemment tabasser par les gros bras de la CGT.

Il y eut une grande discussion avec Son Amour, après deux semaines de travail comme fille de salle à l’Hôpital de la Croix Rousse, car elle avait bien envie de « s’établir » aussi et d’arrêter ses études de médecine. Elle se sentait plus proche des autres femmes de service que des infirmières qui les commandaient comme des cheffes. Une fois, au bloc, alors qu’elle faisait le ménage, l’une d’elles l’avait appelée pour lui demander de nettoyer les chiottes avant qu’elle ne les utilise, car le chirurgien ne tirait jamais la chasse d’eau. Son Amour, qui avait été une vraie prolétaire, pensait que cela n’était pas bien de refuser de faire des études si on en avait la possibilité. Dans le Petit Livre Rouge, Mao parlait pour ce genre de conflits, de « contradictions au sein du peuple ». De même que la révolution culturelle en Chine avait envoyé les intellectuels travailler aux champs pour les réformer et leur enlever leur instinct de supériorité, elle essayait de se réformer, sincèrement. Elles pensaient que les ouvriers étaient plus intelligents, plus gentils, et plus honnêtes que les bourgeois. Et qu’ils avaient le sens de la résolution des problèmes de classe. Elles ne portaient que des habits de secondes mains, et n’allaient que rarement au restaurant, et plutôt dans les restos ouvriers pas chers.(…)

(Elles devenaient amies avec un groupe de voisins dont l’une des sœurs était féministe mais hétéro. C’est avec eux qu’elles fabriquèrent le panneau pour annoncer la sortie du journal « Libération », qui était censé remplacer « La Cause du Peuple », devenue de fait interdite, et détruite à la sortie de l’imprimerie… Tandis quelles vendaient le nouveau journal, des policiers étaient venus embarquer plusieurs d’entre eux et comme elles voulaient les faire sortir elles avaient secoué le léger camion, et Sylvie comprit mieux son surnom de panier à salade !)